En 1996, la compagnie Roland furieux commence à Hagondange en Lorraine. Le nom de la compagnie Roland furieux est un signe amical adressé à L’Arioste, poète italien de la Renaissance, auteur du mémorable et fracassant Orlando furioso.

La compagnie Roland furieux, ce sont des formes théâtrales indisciplinées. Théâtre, musique et dispositifs visuels y sont pensés dans un dialogue structurel, engageant une hybridation formelle et sensible au cœur même de l’écriture scénique.

Ce qui traverse les créations, c’est peut-être cela : une foi tenace dans la capacité du théâtre à faire voir l’imperceptible et entendre l’inouï, à se déplacer, à offrir des gestes de poésie « luciole » dans un monde en crise. Un théâtre qui maintient vivant le désir de chercher ensemble et propose au public une expérience active de perception et de pensée.

1996-2003 FONDATION

Une première période dédiée à l’exploration des outils qui formeront le vocabulaire dramaturgique de Laëtitia Pitz, metteure en scène et responsable artistique de la compagnie : la littérature, le mouvement de l’écriture à la voix, le devenir-langue, la corparolité, le montage, la musique, la lumière. 

La lecture d’Heiner Müller et la découverte de la musique improvisée, par l’entremise de Dominique Repecaud, alors directeur au CCAM - Scène nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy et du Festival Musique Action sont des révélateurs d’une bifurcation qui s’amorce avec les créations de Quartett d’Heiner Müller et d’Exterminez toutes ces brutes, l’odyssée d’un homme au cœur du génocide européen d’après Joseph Conrad et Sven Lindqvist.

Elles ouvrent un théâtre où la forme se construit par fragments, stances, ruptures et superpositions, et où les œuvres abordent déjà des enjeux historiques et politiques : Révolution française, mémoire du génocide, violence coloniale, responsabilité collective.

2004-2015 COMPAGNONNAGES ARTISTIQUES & TRANSMISSION

Le travail avec la compagnie 4 litres 12 (Odile et Michel Massé) permet l’expérimentation de l’écriture de plateau par l’improvisation, engageant de nouveaux modes opératoires dans la fabrication des spectacles.

La rencontre, en 2003, de Patrick Haggiag, artiste associé à La Comédie de Colmar sous la direction de Matthew Jocelyn, lors d’un stage à Colmar. Révélation de son travail de direction de l’acteur, Laëtitia Pitz l’invite à co-créer plusieurs mises en scène au sein de la compagnie (Soie d’Alessandro Baricco, Oncle Vania de Anton Tchekhov, Manque de Sarah Kane, La Double Inconstance de Marivaux et Oh les beaux jours de Samuel Beckett).

C’est également le début du compagnonnage avec le clarinettiste improvisateur Xavier Charles, dont le travail musical devient un élément structurant de l'écriture scénique des créations de Laëtitia Pitz. Sa présence déplace son écriture : la musique cesse d’accompagner le texte, elle devient co-écriture dans un séparé-ensemble qui devient moteur dramaturgique.

Cette période fertile aura permis la rencontre avec les artistes qui accompagnent aujourd’hui encore le travail et l’enrichissent de cette reconnaissance partagée et de la confiance nécessaire, particulièrement les acteurs et actrices qui aident à expérimenter et au créateur lumières Christian Pinaud et son associé à la vidéo Florent Fouquet.

De 2015-2022 MUE ARTISTIQUE & ÉCRITURE HYBRIDÉE DE PLATEAU

C’est l’affirmation du processus de travail : le goût de la langue et l’exploration du plateau à partir de l’écoute. Et comment la musique qui dit quelque chose que les mots ne peuvent atteindre, peut venir provoquer dans son côtoiement avec la langue une perception plus inouïe. Une perception qui provoque l’imaginaire.

Laëtitia Pitz invite le compositeur Xavier Charles à initier un laboratoire de travail qui place l’écoute au centre de l’écriture du plateau. Ensemble et réunissant acteurs et musiciens, ils explorent la littérature d’Antoine Volodine avec la création de Mevlido appelle Mevlido, pièce immersive pour les oreilles d’après le roman Songes de Mevlido, et de Danse avec Nathan Golshem d’après le roman éponyme de Lutz Bassmann avec le quartet de musique improvisée franco-norvégien Dans les arbres. Avec ces deux créations, ils ouvrent une résidence associée à La Cité Musicale - Metz de 2016 à 2023, renforçant l’ancrage de la compagnie dans le Grand Est et ouvrant des espaces de recherche ainsi que des temps de partage en direction des publics.

La lecture du roman d’Alain Damasio Les Furtifs continue ce processus d’écriture avec Xavier Charles mêlant voix parlée et ensemble instrumental qui a abouti à la création d’une adaptation oratoriale de Les Furtifs pour orchestre de 13 musiciens et acteurs, interrogeant des enjeux contemporains : sociétés de surveillance, mutations technologiques, résistances collectives, écologie politique. Grâce à cette création, Laëtitia Pitz entre dans le programme Musiques-Fictions de l’IRCAM (écriture immersive pour dôme ambisonique) et ils y créent avec Xavier Charles Sur la trace de Nives d’Erri De Luca. Ils continuent leur collaboration avec l’IRCAM dans le développement d’un laboratoire de recherche sur les écritures immersives.

En 2019, elle a adapté pour la première fois en scène le roman de Didier-Georges Gabily L’Au-delà. Cette mise en scène lui permet la rencontre avec La Fonderie et des moments exceptionnels avec François Tanguy et Laurence Chable.

Elle porte à la scène un de ses écrits : Perfidia. 

En 2021, elle est lauréate du programme de mentorat « de femmes pour les femmes au service du développement professionnel» organisé par Futurs Composés, un projet innovant d’accompagnement des actrices de la création musicale.

2023-2028… RAYONNEMENT & DÉVELOPPEMENT

Cette nouvelle période s’ouvre sur une reconnaissance de la singularité du travail et de la manière de fabriquer, concrétisée par la poursuite des liens de production avec La Cité musicale-Metz et l’ouvert de nouveaux lieux compagnons : la MC93 - Bobigny, La Filature - Scène nationale de Mulhouse, les Théâtres de la Ville de Luxembourg - Grand Théâtre, Le Maillon, Théâtre de Strasbourg - scène européenne, Tandem - Scène nationale de Douai, La Muse en Circuit, le GMEM, l’IRCAM, Le Manège - Scène nationale de Maubeuge.

La création de Sauve qui peut (la révolution), fresque théâtrale, musicale et cinématographique en quatre mouvements d’une heure, synthétise cette trajectoire : montage de matériaux textuels, musicaux et visuels, et interrogation directe de notre rapport à l’histoire, à la révolution et aux formes d’engagement contemporaines.

La saison 2024/2025, la compagnie a choisi de la consacrer à la recherche, à l’écriture, de prioriser laboratoires et expérimentations, mettant au ralenti la diffusion de notre répertoire.

Le prix SACD Nouveau Talent Théâtre, attribué le 17 juin 2024, vient saluer un parcours marqué par une évolution significative, une exigence de recherche constante et une attention profonde aux enjeux de notre temps.

En 2025, la compagnie est lauréate de PARI! - Parcours d'Accompagnement et de Réflexion sur l’International et ouvre le déploiement vers l’Europe et L’International : la Norvège, l'Islande, la Grèce, le Luxembourg, l’Afrique de l’Ouest et les États-Unis.

À l’automne 2026, Antigonick d’Anne Carson prolongera cette recherche dans un dialogue étroit entre tragédie antique, traduction contemporaine, musique de création et dispositifs visuels. C’est aussi un plateau singulièrement peuplé où les langues vont se mêler, s’entrechoquer : le français, celui d’aujourd’hui et celle d’avant que Malherbe vint ; l’anglais d’Anne Carson ; le norvégien, le flamand avec les artistes en scène ; le silence avec la figure de Nick. Une pluralité de voix, de sons, de corps pour que tu ne perdes pas tes cris, chère Antigone !

Au moment même où Laëtitia Pitz travaille sur Antigonick, une autre figure s’impose : celle de Thomas Sankara. La question qui traverse Antigone - peut-on résister à l’injustice sans risquer sa vie ? - trouve un écho brûlant dans le parcours de cet homme d’État burkinabè (1983–1987), assassiné pour avoir tenté de transformer radicalement les structures politiques, sociales et économiques de son pays. Cette création prolonge son travail de montage et d’hybridation, en articulant documents, fiction, musique et image. Elle interroge aussi sa position d’autrice : qui raconte, depuis quel lieu, avec quelle responsabilité ? Les recherches menées en Afrique entre autres, les lectures, les entretiens constituent un atlas de matières à partir duquel l’écriture tente de présentifier le passé pour le remettre en débat aujourd’hui.

Ainsi, Antigonick et Thomas Sankara dialoguent en profondeur : deux tragédies politiques, deux manières de penser la responsabilité individuelle face au joug, à l’ignominie. La création de Thomas Sankara, l’homme qui va changer l’Afrique se fera en saison 2027-2028.

De 2026 à 2028, Laëtitia Pitz, Xavier Charles et Diemo Schwarz - chercheur IRCAM en spatialisation sonore et interaction en temps réel, ouvrent un projet de recherche avec l’IRCAM autour de l’ambisonie en temps réel. Leur expérimentation interroge la manière dont les technologies de spatialisation immersive peuvent transformer l’écriture scénique, les modes d’écoute et les relations entre texte, voix, musique et espace, en plaçant véritablement l’auditeur au cœur de l’expérience dramaturgique.

Antigonick Anne Carson + Edouard Louis / mes Laëtitia Pitz / musique Christian Wallumrød (2026)

Sur la trace de Nives Erri De Luca / Musique-Fiction IRCAM / mes Laëtitia Pitz / musique Xavier Charles (2024)

Sauve qui peut (la révolution) Thierry Froger / mes Laëtitia Pitz / musique Camille Perrin (2023)

Textures Patricia Dallio / Laëtitia Pitz (2023)

Les Furtifs Alain Damasio / mes Laëtitia Pitz / musique Xavier Charles (2020/2021)

Perfidia texte et mes Laëtitia Pitz (2020)

L’Au-Delà Didier-Georges Gabily / mes Laëtitia Pitz / musique Xavier Charles, Émilie Skrijelj, Mathieu Chamagne (2019)

Danse avec Nathan Golshem Lutz Bassmann / mes Laëtitia Pitz / musique Dans les arbres (2018)

Oh les beaux jours Samuel Beckett / mes Patrick Haggiag / musique Camille Perrin (2017)

Mevlido appelle Mevlido Antoine Volodine / mes Laëtitia Pitz / musique Xavier Charles (2016)

La Double inconstance Pierre Carlet Marivaux / mes Patrick Haggiag (2014)

Manque Sarah Kane / mes Patrick Haggiag / musique Xavier Charles & Nikos Veliotis (2013)

Oh les beaux jours Samuel Beckett / mes Daniel Proia / musique Xavier Charles & Camille Perrin (2010)

Quartett Heiner Müller / mes Laëtitia Pitz / musique Lionel Marchetti (2010)

Oncle Vania Anton Tchekhov / mes Patrick Haggiag / musique Xavier Charles & Ivar Grydeland (2009)

Soie Alessandro Baricco / mes Patrick Haggiag / musique Xavier Charles (2007)

Exterminez toutes ces brutes Sven Lindqvist & Joseph Conrad / mes Laëtitia Pitz / musique Mathieu Chamagne & Camille Perrin (2002)

Quartett Heiner Müller / mes Laëtitia Pitz (1999)

Un caprice Alfred de Musset / mes Laëtitia Pitz (1997)

On ne badine pas avec l’amour Alfred de Musset / mes Laëtitia Pitz (1997)